Elle

par N.  Gasst

« Les choses les plus belles sont souvent celles que nos yeux ne peuvent voir. »

Allongée sur le grand lit, elle dort. Ses yeux qui habituellement sont  d’un éclat magnifique sont fermés. Son visage est serein et semble heureux dans les ténèbres du rêve. Ses yeux bougent de temps à autre derrière ses paupières closes.

Je la regarde en sachant que jamais je ne la toucherai. Mais je la regarde émerveillé. Le fin drap de soie repose délicatement, tel une plume de poussin, juste au-dessus de ses hanches. Elle s’est beaucoup agitée toute la nuit, et sa jambe droite dépasse gracieusement du drap. On dirait un rayon de soleil qui filtre à travers un nuage.

Sa poitrine repose sur le matelas et son visage est tourné vers moi. Elle sourit dans son rêve, son visage s’éclaire alors de mille éclats. Je souhaiterais tant échanger ma place avec ce lit, qui l’accueille tous les soirs. À qui elle reste toujours fidèle.

Je prie souvent pour qu’elle ne se réveille pas, qu’elle continue à dormir, et qu’elle me laisse profiter de ce spectacle extraordinaire. Le drap d’un rose pêche monte et descend au fur et à mesure de sa respiration. Elle doit être heureuse dans son rêve. Si seulement je pouvais rêver aussi, je l’y rejoindrais.

Le soleil se lève, et les rideaux fermés à la hâte laissent passer un petit rayon de soleil qui vient danser sur son omoplate. Même le dieu des astres est en admiration devant elle, devant ma bien-aimée.

Elle semble apprécier cette douce chaleur que procure le rayon de soleil. Elle va bientôt se réveiller, je le sens. Sa peau est à ne pas en douter aussi douce que la peau d’une pêche de printemps. Si je le pouvais, je vendrais mon âme entière pour avoir une seule fois l’occasion de parcourir du bout de mes doigts ce corps si parfaitement oeuvré. Mais je ne le peux hélas.

Lentement elle ouvre les yeux, me fixe et sourit. Elle repousse très vite le linge de lit qui l’entoure, et se dirige vers moi. J’aperçois alors son corps dans son intégralité, éclairé par le rayon de soleil matinal. Un ange est descendu du ciel. Une telle beauté ne m’était jamais apparue auparavant. Je laisse courir mon regard sur elle, fasciné par tant d’élégance et de grâce. Je commence par ses cheveux, négligés par le sommeil, mais n’enlevant pas une miette à sa beauté. Son visage apparaît fatiguée, mais brille d’une innocence et d’un charme particuliers. Ses épaules se dressent fragilement en haut de son tronc. Ses seins d’une fermeté naturelle se dressent jovialement, durcis par la fraîcheur de cette journée qui commence. On dirait qu’ils ont été dessinés par un artiste.

Mon observation ne se prolonge pas plus longtemps. Elle est déjà à la porte de la salle de bains et y entre. J’ai juste le temps d’apercevoir ses jambes, douces et lisses, dessinées par un peintre céleste.

Elle ne traîne jamais dans la salle de bains, et comme toujours elle en ressort totalement habillée. Elle se dirige vers la porte et regarde une note collée contre cette dernière.  «  Ne pas oublier d’éteindre la veilleuse.   » Je hais cette note. Presque autant que je l’aime elle.

Elle se dirige vers moi d’un pas décidé, place sa main dans mon dos, et écrase doucement la petite excroissance qui s’y trouve. Je vois alors, comme à chaque fois qu’elle répète ce geste, la lumière diminuer jusqu’à un noir total.

Je devrai attendre ce soir pour la revoir. C’est une éternité.

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