par N. Gasst
« Amour et passion vont rarement sans égoïsme. »
Je me tenais là, dans la fraîcheur de mon bungalow et je regardais l’océan qui scintillait au loin sous le soleil de midi. J’étais émerveillé par la beauté du monde. Une beauté qui m’apparaissait maintenant pleine et entière depuis quelques jours. Je levai les yeux pour les plonger dans l’azur bleuté du ciel ensoleillé et je restai un long moment dans cette position, sentant la douceur des rayons solaires me caresser le visage. Qu’il était doux, ce sentiment d’appartenance à la beauté naturelle qui m’entourait. Je ne m’étais jamais senti aussi serein et paisible qu’à ce moment-là. Et puis je t’ai vu, toi mon amour. J’ai voulu résister, j’ai voulu détourner le regard, j’ai voulu t’ignorer mais c’était comme si tu étais un aimant surpuissant et moi une simple limaille de fer. Alors cédant à toutes mes tentations j’ai posé les yeux sur toi. Tu jouais avec tes amis et tu ne m’avais pas remarqué, vous faisiez un beach volley. Que tu étais gracieuse, que tes mouvements étaient limpides, souples, emplis de force et de douceur à la fois. Tu repoussais cette balle des bouts de tes doigts délicats et l’on eût dit qu’elle ne les avait pas touchés, qu’une force magique interdisait le contact de cette chose sale avec la perfection de ton corps.
Tes pieds étaient recouverts de sable, comme si la terre elle-même ne pensait qu’à s’accrocher à toi. Je rêvais discrètement d’être l’un de ces grains, pour sentir la douceur de ta peau et humer l’odeur divine qui devait s’en dégager. Je suis remonté le long de tes jambes en passant pas tes chevilles entourées de fins bracelets de coquillages. Qu’ils étaient beaux sur toi, j’en aurais fait le pari avec quiconque qu’ils étaient plus heureux à danser autour de tes merveilleux membres qu’à servir d’abri à de vulgaires mollusques. Leur chant, leur tintement le prouvaient et rimaient merveilleusement avec ton rire mélodieux.
Tes mollets étaient fins et la crème que tu avais honorée en l’étendant sur eux reluisait aux éclats solaires. Qu’il était doux de t’observer, de fermer les yeux et de t’imaginer.
Un autre jour, alors que je repoussais notre rencontre je t’observais encore, toujours postée devant le filet à l’affût du ballon que tu allais renvoyer et qui allait décider du tournant que prendrait le match. Quel bonheur d’être le témoin de la vénusté avec laquelle tes cuisses se pliaient, se bandaient et se détendaient pour sauter et aller récupérer ce ballon qui semblait aller partout où tu te trouvais afin d’être caressé. Je regardais tes fesses, endroit où le sable n’avait pas négligé de se coller en masse, elles se trémoussaient lorsque tu courrais, frémissaient lorsque tu restais immobile et restaient magnifiquement belles en tous temps. Ton bassin était une vallée vierge d’où découlait la plus précieuse des sources et ton dos était le fleuve tranquille, éternel et prometteur qui irriguait cette vallée. Tu avais des bras amoureux, câlins et je n’avais que trop de hâte de vérifier ma théorie.
Alors que j’arrivais à ta tête, que j’observais tes cheveux d’ange qui étaient négligés, mais négligés avec le plus grand soin, tu t’es retournée. Et tes yeux ont plongé dans les miens. Je me suis senti nu sur le moment, et je ne savais plus comment agir. Pour la première fois de toute ma vie, je devenais timide et je n’imaginais pas ce que je pourrais te dire si tu venais me parler. Mais tu ne m’as pas parlé, tu m’as ensorcelé avec ton regard de la profondeur de tous les océans, j’entendais les murmures les plus doux alors que j’étais au cœur de ton esprit. Et c’est à ce moment, lorsque je réalisai que nous ne faisions qu’un que j’ai décidé que je t’aimais. Tu t’es retournée et tu as continué à jouer, mais tu étais perturbée et vous avez perdu ce jour-là. Tu savais que j’étais là, tu savais que je t’aimais, et tu savais que je savais que tu m’aimais aussi. L’amour est-il bon, la passion est-elle bonne? Et qu’en est-il des deux confondus?
Nous avons continué nos rendez-vous lointains et silencieux, et tous les jours depuis que tu savais, vous avez perdu. Tu étais toujours aussi gracieuse, toujours aussi belle et efficace, mais tes pensées n’étaient plus au volley, tes pensées étaient miennes, mais moi c’était tout mon être qui était tien. Tu es venue me voir un après-midi, alors que je prenais un rafraîchissement.
— Bonjour, m’as-tu dit en souriant. Ton sourire m’a tué et m’a aussitôt ressuscité. Tes dents étaient parfaitement alignées, et je restais persuadé au fond de moi que c’était là l’œuvre de tous les dieux de l’Olympe.
— Bonjour Mademoiselle, ai-je ajouté. J’ai vu au pétillement de tes yeux que mon propre sourire ne te laissait pas de marbre. Tu as frotté tes mains parfaites, douces comme des fleurs de coton, contre ta petite robe bleue pour en chasser la moiteur et tu t’es assise devant moi. Tu ne m’as pas demandé si le siège était libre et je t’ai commandé à boire sans te demander ce que tu voulais. Tu m’as demandé de ne plus venir t’observer jouer, car je t’empêchais de te concentrer et je t’ai refusé cette faveur.
— Pour quelle raison ? as-tu dit, un petit éclair de contrariété prenant naissance dans tes yeux habituellement rieurs.
— Parce que j’en mourrais. Tu as ri à cette réponse, puis tu as arrêté de rire et tu m’as souri.
— S’il vous plaît, as-tu répondu.
— Je suis empoisonné et vous êtes mon poison. Si je ne vous vois pas, je ne passerai pas la nuit. Tu as encore souri, tu m’as regardé dans les yeux et pour quelques instants j’ai volé sur le plus haut de tous les nuages.
— Nous nous verrons après le volley.
Et ainsi nous avons commencé notre relation qui consistait en rires inutiles, mais bienfaiteurs, en gamineries amusantes et en parlottes à ne plus en finir. Nous discutions sur tous les sujets, de la politique dont nous nous fichions royalement, jusqu’à de la reproduction des pingouins d’Irlande qui ne nous préoccupait guère plus. Tout ce qui sortait de tes lèvres était la vérité la plus pure à mon oreille et je te faisais rire. Tu me le disais souvent et j’aimais t’entendre rire. Deux mois de bonheur pur avant cette nuit fatidique.
— Je crois que je t’aime, m’as-tu dit. J’avais réussi jusqu’alors à maintenir notre relation platonique.
— Je t’aime aussi.
— Tu ne comprends pas. Nous étions dans ma chambre à ce moment-là, et nos vacances touchaient tout doucement à leur fin. Tu t’es penchée et tu m’as embrassé. Je n’ai pas résisté.
— Je t’aime, as-tu répété en me regardant avec ce regard. Ce regard qui me fait oublier qui je suis, qui me fait oublier ce que je veux et ce que je vaux. Lorsque tu me regardes de la sorte, seules tes paroles ont de l’importance. Il n’y a plus de morale, plus de vertu, simplement toi et moi dans un monde où le bonheur n’est qu’une habitude de vie.
Je t’ai embrassée à mon tour, j’ai goûté le goût exquis de tes lèvres, senti la douceur infinie de ta langue et connu la fraîcheur vivifiante de ton souffle. Tu m’as déshabillé, tu m’as caressé, tu m’as regardé et j’en ai fait autant pour toi. Ensuite j’ai embrassé ton corps tout entier, de ton front pour te montrer ma tendresse sans limites à ton intimité pour te raconter le feu de la passion qui brûlait en moi. Je t’ai fait l’amour ce soir-là, autant de fois qu’il a fallu pour que tous deux nous soyons rassasiés l’un de l’autre pour une nuit. J’ai été au fond de ton âme et de ton corps, j’ai exploré les endroits les plus secrets de ton esprit, j’ai su ce qu’était le vrai bonheur lorsque j’étais en toi. Nous avons échangé tout ce que nous possédions au cours de cette nuit unique et magique. Tu m’as accueilli avec des soupirs d’amour et des gémissements de plaisir. Tu m’as fait entrevoir le paradis.
Moi en revanche, j’ai mis l’enfer en toi.
Vois-tu, ce papier que je tenais en main le jour où je t’ai aperçue était celui qui revenait du laboratoire. Il en revenait avec les résultats de mes tests sanguins et le verdict était clair et définitif. Séropositif.
FIN

XtreM
/ %A %e %B %YSimplement formidable