par N. Gasst
« Nul ne peut voir la beauté, à moins de concevoir son existence possible, là où il la cherche. »
Seule une partie de son crâne est visible de mon observatoire de fortune. Je distingue des lignes sinueuses, surement ses mèches, certaines sont de couleur toile d’arachnide, d’autres d’ébène, toutes sont seules, flottant dans les airs, exemptes de tout mouvement.
Plus loin, sa prison se dresse plus solide que jamais. Il s’agit d’une sorte de cage végétale d’un vert criard à l’intérieur de laquelle une multitude d’objets plus étranges les uns que les autres sont éparpillés.
À sa droite, d’autres êtres, d’autres têtes, d’autres franges, oscillent doucement au gré des mouvements de leurs propriétaires, plus longs, plus courts, plus colorés.
Plus je tourne, plus le noir et le gris, couleurs qui malgré leur élégance manquent d’éclat et de gaieté, font place à une palette plus vive, créant par moments des nervures de couleur, petits rayons de douce lumière dans la coiffe de leurs hôtes. Pourtant, derrière les belles, d’autres barreaux d’un blanc immaculé montent la garde. Inébranlables et confiants.
Plus d’un sont enfermés dans le donjon de silence qui entoure les demoiselles ainsi que leurs beautés, et tout comme elles ils sont inconscients de leur sort. Ce cachot les maintient tous dans une ambiance d’une densité et d’une tristesse poignantes dont ils semblent se complaire avec une facilité et une joie déconcertantes.
Les résidents de ce lieu sont sans cesse à la tâche, tels des chevaliers à la poursuite d’une quête qui ne semble jamais prendre fin. Leurs mains sont prises de tremblements intermittents qui produisent des ondulations hasardeuses sur des feuilles de papier dociles, restent allongées quelques instants tandis que le regard de leur maître se porte vers le cosmos, puis reprennent frénétiquement et soudainement leur activité perpétuelle.
Je suis fasciné, attiré, séduit et même émerveillé par ces êtres autant qu’un félin l’est par un rongeur. Cette dévotion inexplicable me captive, le besoin, d’apparence vital, qu’ils ressentent de devoir transcrire des mots et sentiments sur support physique échappe à ma logique. Cependant, à mes yeux et tout à ma surprise, ils ont la beauté des premiers rayons du soleil de printemps après les agressions des intempéries saisonnières qu’apporte un interminable et rigoureux hiver.

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